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Histoire du jeu de dames : comment un classique médiéval a conquis le damier et la science

Le jeu de dames ne provient ni de l’Égypte antique ni des sables de Mésopotamie. Son ancêtre direct est l’alquerque, transposé au douzième siècle sur les 64 cases d’un échiquier dans le sud de l’Europe. De cette rencontre sont nées deux grandes familles : les dames anglaises sur 64 cases et les dames internationales créées à Paris sur 100 cases. En 2007, après 18 ans de calculs, la science a démontré que le jeu à 64 cases mène inévitablement à la nulle en cas de jeu parfait.

Par Boardgammon12 min de lecture

Une table rustique en bois près d’une fenêtre en pierre baignée par la lumière du sud avec des pions de dames en noyer et en érable, une plume et un parchemin portant des tracés géométriques.
Pions de bois artisanal et parchemin géométrique près d’une baie en pierre ensoleillée.Image : Generated with ChatGPT · Illustration générée par IA.

Dans l’imaginaire collectif, le jeu de dames souffre parfois d’une réputation trompeuse. Nombre de joueurs occasionnels y voient un simple dérivé simplifié des échecs, réservé à la détente familiale ou à l’initiation des enfants. La réalité historique révèle pourtant une trajectoire d’une tout autre ampleur : les dames forment une discipline stratégique à part entière, née de la rencontre féconde entre les mathématiques du monde arabe et le plateau européen au cœur du Moyen Âge.

Aujourd’hui, alors que les passionnés s’affrontent sur nos tables de jeu de dames en ligne, la discipline possède également un statut scientifique unique dans l’histoire des jeux de réflexion. En 2007, une équipe de chercheurs en informatique a prouvé mathématiquement que les dames anglaises sur 64 cases sont résolues : deux adversaires infaillibles aboutissent obligatoirement à la partie nulle[1]. Pour comprendre comment quelques douzaines de pions circulaires ont conduit à ce monument de calcul, il faut remonter aux origines médiévales de la prise par saut.

L’alquerque médiéval : la racine du saut diagonal

L’ancêtre avéré de la famille des dames est le jeu arabe nommé al-qirq (القرق), transcrit en espagnol sous le nom d’alquerque[2]. Si certaines présentations populaires tentent d’associer les dames au senet des pharaons ou aux plateaux exhumés dans les tombes royales d’Ur, la communauté des historiens trace une démarcation sans équivoque. Ces jeux antiques appartenaient à la famille des courses linéaires régies par des dés ou des osselets, et ne comportaient aucun mécanisme de capture par saut par-dessus une pièce adverse.

L’alquerque, en revanche, a apporté l’innovation motrice que tout joueur reconnaît instantanément : un pion prend une pièce ennemie en sautant par-dessus elle en ligne droite vers une intersection libre située juste derrière. Le document historique fondamental décrivant ce mécanisme est le monumental Libro de acedrex, dados e tablas, rédigé sous l’égide du roi Alphonse X de Castille et achevé à Séville en 1283[2].

Dans le manuscrit royal de 1283, ce jeu est consigné sous l’appellation d’alquerque de doze (alquerque de 12)[2]. La partie ne se déroulait pas sur les cases d’un damier, mais sur un réseau géométrique de 25 intersections reliées par des lignes droites et des diagonales[2]. Chaque joueur disposait de 12 pièces, disposées au début de la partie sur l’ensemble des points de son camp et sur deux points de la ligne médiane, laissant libre uniquement l’intersection centrale. Les pièces glissaient d’un point à un point adjacent le long des traits, et toute pièce ennemie flanquée d’un point vide dans le même alignement devait être sautée et retirée du jeu.

Le jeu avait déjà été mentionné dès le dixième siècle par l’écrivain arabe Abu al-Faraj al-Isfahani dans son célèbre recueil poétique Kitab al-Aghani. Cependant, la grille de 5×5 lignes présentait un défaut d’encombrement notoire : en concentrant vingt-quatre pièces sur seulement 25 intersections, les parties se figeaient fréquemment dans des blocages impénétrables. Pour donner du souffle à la manœuvre, les joueurs médiévaux eurent l’idée féconde de transposer les pièces sur un plateau beaucoup plus aéré.

L’échiquier et la naissance du mot « dames »

C’est au cours du douzième siècle, dans le sud de la France ou dans le nord de la péninsule Ibérique, que s’est opérée la fusion décisive d’où sont issues les dames modernes[3]. L’échiquier, avec ses 64 cases alternant le noir et le blanc, était un meuble familier dans les cours seigneuriales. En transférant les 12 pièces et la prise de l’alquerque sur les 32 cases sombres d’une grille de 8×8, les pratiquants ont inventé un jeu d’une élégance tactique nouvelle[3].

En restreignant la circulation des pions aux seules diagonales des cases foncées, on éliminait définitivement la paralysie qui menaçait l’alquerque. Les pions disposaient de véritables couloirs de manœuvre, et la dernière rangée du camp opposé offrait un objectif stratégique évident : la promotion en pièce maîtresse.

Cette époque médiévale a également forgé le vocabulaire du jeu. En ancien français, la pièce qui parvenait sur la dernière rangée ennemie fut d’abord appelée la fierge, terme hérité de l’arabe firzan, qui désignait le conseiller ou grand vizir aux échecs orientaux. Lorsque cette pièce des échecs fut assimilée en Occident à la reine ou « dame », le nouveau titre passa tout naturellement au pion promu, puis au jeu tout entier : jeu de dames en français, damas en espagnol, dame en allemand, dama en italien et en turc. Dans les îles Britanniques, la tradition retint plutôt le terme draughts, qui évoquait l’action de tirer ou de faire glisser les pions sur le bois, tandis que l’Amérique du Nord adopta plus tard le mot checkers, en référence au motif quadrillé des 64 cases.

Diagramme d’un plateau de dames de huit cases sur huit avec des pions clairs et foncés, illustrant la prise par saut diagonal vers une case libre.
La prise par saut diagonal : la mécanique maîtresse héritée de l’alquerque médiéval sur le damier de 64 cases.Image : Boardgammon · Réutilisation libre, avec un lien vers cette page (CC BY 4.0).

Le diagramme reproduit ci-dessus montre cette manœuvre fondamentale : un pion clair saute par-dessus un pion sombre adverse posté sur une case diagonale contiguë et se pose sur la case vide située dans le prolongement direct, retirant la pièce prise. Cette mécanique de capture obligatoire est le socle sur lequel reposent les règles des dames anglaises.

La révolution parisienne de 1723 : l’apparition du grand damier à 100 cases

Si les premières dames sur damier se jouaient sur 64 cases avec 12 pièces par joueur, le jeu connut en France une métamorphose spectaculaire au début du dix-huitième siècle. Vers 1723, dans les cercles de jeu parisiens, des passionnés décidèrent d’élargir considérablement l’espace de combat en créant un damier de 10×10 cases comportant 100 cases au total, sur lequel chaque camp alignait désormais 20 pions[3].

Bien que cette nouvelle formule ait été baptisée à l’époque jeu de dames à la polonaise par effet de mode exotique, toutes les archives confirment son invention effective à Paris autour de 1723[3]. Ce nouveau jeu introduisait deux innovations majeures qui allaient séduire toute l’Europe continentale : la dame volante, capable de parcourir d’un seul élan toute une diagonale dégagée pour fondre sur un pion adverse à distance, et la prise en arrière pour les pions simples, qui démultipliait les pièges tactiques.

Cette formule parisienne de 1723 connut un succès foudroyant dans les salons de l’époque des Lumières. Elle devint la référence absolue des clubs français, néerlandais et belges, avant d’être officiellement codifiée par les instances internationales sous le nom de dames internationales. Pour un joueur francophone d’aujourd’hui, le terme traditionnel de « dames » désigne d’ailleurs spontanément ce grand jeu à 100 cases, tandis que le jeu sur 64 cases est désigné sous le nom de dames anglaises.

Dans les deux formats, la pratique imposa dès la Renaissance la règle du « souffler n’est pas jouer », pénalisant le joueur distrait qui omettait une prise obligatoire en lui retirant sa pièce, avant que les règlements modernes ne tranchent en faveur de la prise strictement obligatoire sans confiscation. Dès lors, le sacrifice de pions devint l’arme maîtresse des combinaisons géométriques, permettant de forcer des rafles spectaculaires de trois, quatre ou cinq pièces d’affilée.

William Payne et la théorisation des dames anglaises

En Grande-Bretagne, la communauté des joueurs demeura fidèle au damier classique de 64 cases, mais elle entreprit d’en codifier la théorie avec une rigueur mathématique remarquable. En 1756, le maître de calcul William Payne publia à Londres son ouvrage fondamental intitulé An Introduction to the Game of Draughts[4].

Le traité de Payne de 1756 bénéficia d’un parrainage prestigieux : le célèbre lexicographe et penseur Samuel Johnson composa lui-même la dédicace de l’ouvrage adressée au comte de Rochford[4]. Johnson y défendit avec éloquence la dignité intellectuelle des dames, rappelant que les mêmes facultés de prévoyance, d’attention et de précision qui s’expriment dans les grandes affaires humaines se manifestent également sur un plateau de jeu. L’ouvrage de Payne fixa pour plus de deux siècles les principes d’ouverture et les fins de partie fondamentales des dames anglaises.

Cette séparation géographique entre la tradition anglo-saxonne (damier de 64 cases, 12 pions, marche en avant exclusive des pions) et la tradition continentale (damier de 100 cases, 20 pions, dames volantes) a donné naissance à la riche diversité que nous connaissons aujourd’hui.

Comparaison des grandes variantes mondiales

La consultation de notre répertoire des variantes de dames met en évidence la multiplicité des traditions régionales. Trois paramètres essentiels permettent de caractériser chaque variante :

  1. La direction de la prise pour les pions simples : aux dames anglaises, le pion ne peut prendre que vers l’avant. Aux dames internationales et aux dames russes, le pion avance sans prise en marche arrière, mais il a le pouvoir de sauter et de capturer aussi bien en arrière qu’en avant[5].
  2. Le rayon d’action de la dame : aux dames anglaises, la dame avance et saute d’une seule case à la fois. Aux dames internationales, espagnoles et russes, la dame devient volante et franchit n’importe quelle distance sur une diagonale ouverte.
  3. La règle de la prise majoritaire : aux dames internationales, lorsqu’un joueur dispose de plusieurs options de prise, il est tenu de choisir celle qui capture le plus grand nombre de pièces adverses.
Graphique en barres comparant le nombre de pions par camp selon les variantes : Dames internationales 20, Dames turques 16, Dames anglaises 12, Dames russes 12, Alquerque 12.
Nombre de pièces par joueur dans la famille des dames : de 12 pions en formule classique jusqu’à 20 sur le grand damier international.Image : Boardgammon · Réutilisation libre, avec un lien vers cette page (CC BY 4.0).

Le graphique présenté ci-dessus résume les effectifs initiaux : l’alquerque, les dames anglaises et les dames russes alignent 12 pièces par joueur sur des plateaux de 8×8, les dames turques engagent 16 pièces par camp, tandis que les dames internationales mobilisent 20 pions sur leur damier géant de 100 cases[3].

Dames anglaises (Checkers)

Disputées sur un damier de 8×8 avec 12 pions par joueur. Les pions ne prennent que vers l’avant et les dames se déplacent case par case. Ce format très sobre exige une grande rigueur de calcul tactique, car la moindre imprécision dans le tempo ou l’opposition de pions entraîne une défaite rapide.

Dames internationales

Jouées sur un grand damier de 10×10 avec 20 pions par camp[3]. Née à Paris en 1723, cette formule associe le grand espace à la dame volante et à la prise en arrière[3]. Les combinaisons y atteignent un haut degré de virtuosité, comme dans le célèbre « coup royal ».

Dames russes (chachki)

Les dames russes (русские шашки) se jouent sur 64 cases avec 12 pièces par camp, mais avec une dynamique très vive. Les pions capturent en arrière, la dame vole, et la promotion s’effectue en cours de rafle : si un pion touche la dernière rangée pendant une série de sauts et qu’une prise reste possible, il est immédiatement couronné et poursuit sa rafle en tant que dame volante dans le même tour.

Dames turques (dama)

Les dames turques rompent avec le principe des diagonales : elles se jouent sur les 64 cases d’un plateau de 8×8 sans tenir compte de la couleur des cases. Chaque joueur dispose de 16 pions placés sur les deuxième et troisième rangées[5]. Les pièces avancent et capturent en ligne droite orthogonale, vers l’avant ou sur les côtés, et les dames se meuvent comme des tours aux échecs.

Comment Jonathan Schaeffer et Chinook ont résolu les dames anglaises

Pendant des générations, les théoriciens se sont demandé si le premier joueur détenait un avantage décisif forçant le gain. Contrairement au backgammon, où le hasard intervient par le biais des dés (comme l’analyse notre dossier sur les dés au backgammon en ligne), les dames constituent un jeu à information parfaite. Il n’y a ni cartes cachées ni tirages aléatoires : chaque configuration sur le plateau possède une valeur mathématique absolue.

À la fin du vingtième siècle, l’informaticien canadien Jonathan Schaeffer, professeur à l’université de l’Alberta, s’est lancé dans le projet titanesque de résoudre formellement les dames anglaises sur 64 cases[1]. Son programme, baptisé Chinook, associait des algorithmes de recherche arborescente à des tables de finales précalculées à rebours à partir des plateaux vides.

Pour évaluer la force de sa machine, Schaeffer défia le plus grand maître de l’histoire du jeu : le docteur Marion Tinsley (1927–1995), professeur de mathématiques en Floride, champion du monde de 1955 à 1958 puis de 1970 à 1992[1]. Le palmarès de Tinsley défie l’imagination : en 45 ans de carrière au plus haut niveau mondial, il ne concéda que 9 défaites individuelles sur des milliers de parties officielles[1].

Lors de leur premier match de championnat en 1992, Tinsley l’emporta contre Chinook par quatre victoires à deux et trente-trois nulles. Lors de la revanche de 1994, après six parties consécutives terminées par la nulle, Tinsley dut abandonner en raison de graves ennuis de santé et succomba peu après à un cancer[1]. Après cette rencontre de 1994, Chinook fut proclamé champion du monde homme-machine.

Schaeffer poursuivit ensuite son travail pour obtenir une démonstration formelle irréfutable. L’espace de recherche pour les dames de 8×8 compte approximativement 5 × 10^20 positions légales possibles, soit cinq cent milliards de milliards de configurations[1]. L’équipe canadienne calcula des bases exhaustives pour toutes les positions comportant dix pièces ou moins sur le damier.

En 2007, au terme de 18 ans de calculs distribués sur des centaines de processeurs, Schaeffer et ses coauteurs publièrent leur conclusion dans la revue Science sous le titre « Checkers Is Solved »[1]. La conclusion était sans appel : les dames anglaises sur 64 cases sont faiblement résolues ; si les deux camps choisissent à chaque coup la meilleure réponse mathématique, la partie se termine obligatoirement par la nulle[1].

Pourquoi un jeu résolu conserve tout son attrait

À la parution de l’article dans Science, certains commentateurs hâtifs ont affirmé que le jeu de dames était mort. En vérité, la démonstration scientifique n’a fait que confirmer ce que les grands maîtres savaient depuis plus d’un siècle : entre deux joueurs d’égale force ne commettant aucune faute, la partie conserve son équilibre naturel.

De surcroît, le jeu a été résolu de manière faible, et non forte. Une résolution faible démontre le résultat depuis la position de départ et réfute toute déviation, mais aucun cerveau humain ne peut mémoriser les 5 × 10^20 embranchements possibles[1]. Sur le plateau en bois, une simple hésitation de placement ou un pion envoyé prématurément sur la bande transforme immédiatement une nulle théorique en défaite cuisante.

De même qu’aux échecs les joueurs étudient les thèmes tactiques pour parer le mat du couloir aux échecs, ou qu’au backgammon on mesure la rigueur des décisions avec le taux d’erreur PR, les champions de dames ont adopté dès la fin du dix-neuvième siècle des tirages d’ouverture au sort pour empêcher les récits d’ouvertures prévisibles et forcer des combats animés. Qu’il s’agisse des dames anglaises, des dames russes ou du grand damier international de 1723, le jeu né de l’alquerque médiéval conserve toute sa noblesse et sa profondeur.

Foire aux questions

Le jeu de dames est-il plus ancien que les échecs ?

Le jeu de dames sur damier est apparu au douzième siècle et s’avère donc plus récent que les échecs, attestés en Inde au sixième siècle (chaturanga) et en Perse au septième siècle (chatrang). En revanche, l’alquerque, ancêtre mécanique direct des dames, était pratiqué dès l’Antiquité et coexistait avec les premières formes du jeu d’échecs dans le monde musulman.

Quelle est la différence entre les dames anglaises et les dames internationales ?

Les dames anglaises se jouent sur un damier de 8×8 avec 12 pions par joueur, des pions qui ne prennent que vers l’avant et des dames à portée d’une seule case. Les dames internationales, nées à Paris en 1723, se jouent sur un damier de 10×10 avec 20 pions par camp, des dames volantes et une prise possible en arrière pour les pions simples.

Les dames internationales à 100 cases ont-elles été résolues par ordinateur ?

Non. Seules les dames anglaises sur damier de 8×8 ont été résolues en 2007 par l’équipe de Jonathan Schaeffer[1]. Le damier de 100 cases des dames internationales possède un espace d’états immensément plus vaste qui échappe entièrement aux capacités de calcul actuelles.

Par quelle variante convient-il de commencer pour apprendre ?

Pour découvrir les mécanismes de base du jeu, les dames anglaises sur 64 cases offrent une excellente entrée en matière grâce à la simplicité de leurs règles d’avance et de capture. Une fois ces notions assimilées, la pratique des dames internationales sur 100 cases ouvre un horizon combinatoire remarquable grâce à la puissance des dames volantes.

Sources

  1. Schaeffer, J., Burch, N., Björnsson, Y., Kishimoto, A., Müller, M., Lake, R., Lu, P., & Sutphen, S. (2007). Checkers Is Solved. Science, 317(5844), 1518–1522.
  2. Alfonso X of Castile. (1283). Libro de acedrex, dados e tablas (Libro de los juegos). Seville.
  3. Murray, H. J. R. (1952). A History of Board-Games Other Than Chess. Oxford University Press.
  4. Payne, W. (1756). An Introduction to the Game of Draughts. London.
  5. Boardgammon. “Checkers Rules: How to Play, Movement, and Captures.”
  6. Torquemada, A. de. (1547). El ingenio, ó juego de marro, de punta, ó damas. Valencia.
  7. Boardgammon. “Checkers Crown: Play Online Checkers and Regional Draughts Variants.”

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